Vers un accord inédit : les minerais congolais pourraient être légalement exportés vers le Rwanda

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Des minerais stratégiques congolais tels que le tungstène, le tantale et l’étain, au cœur d’accusations de pillage transfrontalier depuis des années, pourraient bientôt faire l’objet d’exportations légales vers le Rwanda voisin.

Cette mesure s’inscrirait dans le cadre d’un accord de paix en cours de négociation, avec la médiation des États-Unis, ont révélé trois sources proches du dossier à l’agence Reuters.

Depuis plusieurs décennies, la République démocratique du Congo (RDC) accuse Kigali d’exploiter illégalement ses ressources naturelles, alimentant les tensions dans l’est du pays, notamment avec les rebelles du M23 que Kinshasa affirme être soutenus par le Rwanda. Le conflit a connu une escalade importante depuis janvier 2024.

Selon les autorités congolaises, des minerais congolais d’une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars sont chaque mois introduits clandestinement au Rwanda, où ils sont ensuite intégrés aux chaînes d’exportation officielles. Ce trafic alimente, selon Kinshasa, l’économie de guerre dans la région.

Dans une tentative de désescalade, Washington encourage les deux pays à conclure un accord de paix d’ici l’été. Cet accord inclurait des dispositions sur la transformation des minerais, dans l’objectif d’attirer des milliards de dollars d’investissements occidentaux, a déclaré à Reuters Massad Boulos, conseiller principal de l’ancien président américain Donald Trump pour l’Afrique.

Sur X (ex-Twitter), Boulos a indiqué la semaine dernière que les États-Unis avaient remis un premier projet d’accord aux deux parties. Aucun détail officiel sur son contenu n’a encore été rendu public.

Deux sources diplomatiques et une source onusienne, toutes informées par des responsables américains, ont indiqué à Reuters que les discussions pourraient aboutir à une coopération permettant le raffinage des minerais congolais au Rwanda, tout en garantissant leur traçabilité.

« Le point de vue de Washington est simple : si le Rwanda peut profiter légalement des minerais du Congo par le biais de leur transformation, il aura moins de raisons d’intervenir militairement et de piller », explique un diplomate sous couvert d’anonymat.

Du côté congolais, certains y voient une opportunité. L’industrialisation de la filière minière permettrait non seulement d’accroître les revenus de l’État, mais aussi de lutter contre les circuits informels alimentant les groupes armés, tout en améliorant la traçabilité des ressources.

Le gouvernement congolais, qui plaide depuis longtemps pour une transformation locale des matières premières, s’est montré prudent. Sollicité par Reuters, un porte-parole a renvoyé les questions au ministère des Affaires étrangères, resté silencieux.

En privé, un haut responsable congolais a été clair : toute coopération sur les minerais est conditionnée à un retrait immédiat des troupes rwandaises et de leurs alliés du M23. Ces derniers occupent actuellement une portion de territoire plus vaste que jamais dans l’est du Congo.

« Tant que le Rwanda et ses supplétifs restent sur notre sol, il ne saurait être question de négocier un quelconque accord minier », a-t-il affirmé.

Muller Mundeke

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