Le Collectif des Sociétés Civiles Actives au Congo (CSCA-C) met en garde les dirigeants congolais face à toute initiative jugée prématurée
Dans une déclaration ferme, sans ambiguïté et lourde de sens politique, signée le 14 janvier 2026 et rendue publique ce vendredi 15 janvier, le Collectif des Sociétés Civiles Actives au Congo (CSCA-C) s’est positionné sur l’éventualité de l’organisation d’un dialogue national en République démocratique du Congo.
Une prise de parole qui intervient dans un contexte national particulièrement tendu, marqué par la persistance des violences armées dans l’Est du pays et par une crise humanitaire aux proportions alarmantes.
À l’issue de larges consultations internes, impliquant l’ensemble de ses comités provinciaux — avec une attention particulière accordée aux provinces de l’Est et aux entités sous occupation — le CSCA-C exprime de vives inquiétudes face à ce qu’il considère comme des initiatives politiques déconnectées de la réalité du terrain et des souffrances quotidiennes des populations.
Un climat sécuritaire incompatible avec tout dialogue crédible
Le Collectif rappelle que, malgré les nombreuses résolutions régionales et internationales, les accords bilatéraux entre la RDC et le Rwanda, ainsi que les accords de principes conclus entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, aucune avancée tangible n’est perceptible sur le terrain.
Au contraire, souligne la déclaration, le cessez-le-feu demeure inexistant, les massacres de civils se poursuivent et la situation humanitaire reste critique dans plusieurs zones affectées par les conflits armés.
Le CSCA-C dénonce par ailleurs les déclarations jugées contradictoires du président rwandais Paul Kagame, notamment celles faisant état de revendications territoriales en RDC. À ces propos s’ajoutent, selon le Collectif, certaines prises de position antérieures des dirigeants de l’AFC/M23, laissant entrevoir des velléités d’autonomie administrative dans les zones sous leur contrôle.
Pour la société civile, ces discours convergents constituent une menace directe contre la souveraineté nationale et renforcent les soupçons persistants d’un projet de balkanisation de la RDC, servant, selon elle, de justification à la présence de forces rwandaises sur le territoire congolais.
Des préalables non négociables avant tout dialogue
Face à ce contexte, le Collectif des Sociétés Civiles Actives au Congo fixe des conditions claires et irrévocables à toute initiative de dialogue national :
- Aucun dialogue sincère ne peut être envisagé tant que les territoires occupés par l’AFC/M23 ne sont pas totalement libérés et que les populations déplacées ne peuvent regagner leurs milieux d’origine en toute sécurité.
- Tout processus excluant la participation effective des populations locales, en particulier celles des provinces et territoires directement affectés par la guerre, serait perçu comme un simple arrangement politique au service d’intérêts individuels.
- Le dialogue national doit impérativement se tenir sur le sol congolais, sous la conduite de personnalités nationales crédibles, intègres et neutres, avec l’accompagnement des partenaires régionaux et internationaux.
- Toutes les composantes nationales doivent y être incluses, sans exclusion, y compris l’opposition armée et non armée. Toutefois, les groupes armés devront, au préalable, renoncer aux armes, se retirer des zones occupées, cesser les hostilités et s’inscrire dans un processus de justice transitionnelle afin de restaurer la confiance des populations.
- Le CSCA-C avertit qu’il tiendra pour responsables les autorités politiques ainsi que les institutions nationales, régionales et internationales de toute conséquence découlant de la tenue d’un dialogue national organisé en violation de ces préalables.
Un avertissement solennel aux décideurs
À travers cette déclaration, signée notamment par Chérubin Badesire, Président et Porte-parole national, et David Tshiseka Wanzambi, Secrétaire exécutif national adjoint chargé des provinces, signant au nom de la Secrétaire exécutive nationale titulaire en mission, le Collectif adresse un message clair et sans détour aux décideurs congolais.
Sans sécurité rétablie, sans souveraineté pleinement restaurée et sans justice pour les victimes, avertit le CSCA-C, le dialogue national risque de devenir un facteur supplémentaire d’instabilité plutôt qu’un véritable levier de paix durable.
Un appel à l’unité et à la responsabilité nationale
Enfin, le Collectif lance un appel pressant à l’ensemble des leaders politiques, sociaux et communautaires, toutes tendances confondues, épris de la République, et particulièrement à ceux issus de l’Est du pays, à soutenir cette démarche citoyenne qui place l’intérêt supérieur du peuple congolais au cœur de toute initiative politique.


Marc Kahuzi Boteflwo
