Nord-Kivu : L’AFC-M23 organise un grand culte au stade de l’unité de Goma ce dimanche

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Ce dimanche, un culte œcuménique a été organisé à Goma par l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), pour marquer les 110 jours depuis leur prise de contrôle de la ville. Placée sous le signe de la gratitude, la cérémonie visait à « remercier le Seigneur pour le parcours franchi par la révolution », selon les organisateurs.

L’événement, à forte portée symbolique, a réuni plusieurs représentants de confessions religieuses. Parmi les personnalités présentes figuraient Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC, ainsi que Bahati Musanga Erasto, gouverneur militaire nommé par l’AFC/M23 pour la province du Nord-Kivu.

Dans une atmosphère mêlant ferveur religieuse et discours à tonalité politique, les leaders ont profité de l’occasion pour appeler à l’unité, à la paix et à un changement profond dans la gouvernance de l’est de la République démocratique du Congo.

S’il s’agissait officiellement d’un moment de prière et de recueillement, l’événement s’inscrit également dans une stratégie de communication bien rodée. En organisant une cérémonie publique et interconfessionnelle, l’AFC/M23 semble vouloir consolider son image auprès des populations locales tout en envoyant un message clair à ses détracteurs : sa présence à Goma ne relève pas de l’occupation mais d’un « nouveau départ » qu’elle qualifie de révolutionnaire.

Corneille Nangaa a ainsi réaffirmé la volonté de son mouvement d’instaurer « un ordre nouveau basé sur la justice, la sécurité et le développement », tout en dénonçant « des décennies d’abandon » de la région par l’État central.

Mais ce culte d’action de grâce ne manque pas de susciter des interrogations. À 110 jours de la prise de Goma, survenue fin janvier à la suite de violents affrontements entre le M23 et les Forces armées de la RDC (FARDC), la situation sécuritaire reste tendue et incertaine dans la ville de Goma en particulier. De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une occupation militaire déguisée, tandis que d’autres y voient une tentative de normalisation d’un fait accompli.

Dans un contexte où la population demeure confrontée à des déplacements massifs, des violations des droits humains signalées par plusieurs ONG, et une économie locale affaiblie, ce genre de célébration semble en décalage avec la réalité vécue par de nombreux habitants.

La tenue de cette cérémonie marque un jalon dans la communication politique de l’AFC/M23. Elle pose aussi la question du devenir de Goma et du Nord-Kivu dans le cadre d’une résolution durable du conflit. Si l’appel à la paix et à la foi peut apaiser temporairement les esprits, il faudra bien plus qu’un culte œcuménique pour reconstruire la confiance, garantir la sécurité, et redonner espoir à une population lassée par les cycles de violence.

Suzanne Kalambay

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