Le 24 mars 2025, un tournant stratégique s’est opéré dans les relations entre la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Afrique du Sud, avec la signature d’une coopération militaire bilatérale ambitieuse.
Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale de la RDC, Guy Kabombo, a rencontré son homologue sud-africaine, Angie Motshekga, pour discuter des modalités de relance de cette collaboration, dans un contexte de sécurité particulièrement tendu en RDC, marqué par les attaques des groupes armés et les défis internes liés à la gestion de l’ordre public.
La réunion entre les deux ministres a permis de poser les bases d’une coopération militaire plus intensive, destinée à répondre aux menaces sécuritaires croissantes en RDC. Dans un environnement marqué par des conflits armés récurrents, notamment dans l’est du pays, les deux gouvernements ont convenu de renforcer les échanges stratégiques et techniques, en mettant un accent particulier sur la formation de différentes unités militaires.
Des formations ciblées seront mises en place pour des forces spécialisées telles que les unités de forces spéciales, les brigades de réaction rapide, ainsi que le personnel des forces aériennes et navales. Cet effort vise à renforcer les capacités opérationnelles des forces armées congolaises face à des situations complexes et à garantir une plus grande réactivité face aux menaces potentielles.
Une autre dimension essentielle de cette coopération réside dans la modernisation des systèmes de renseignement et de transmission entre les deux pays. Cela implique la mise à jour des infrastructures permettant un échange d’informations plus rapide et plus sécurisé, crucial dans un contexte où la collecte de renseignements précis et actualisés est vitale pour contrer les incursions de groupes armés.
Cette coopération s’étend également à l’actualisation de l’accord de coopération militaire existant. En vue d’intégrer de nouveaux axes de collaboration, les ministres ont convenu de la nécessité de réviser les termes du partenariat et de poursuivre les échanges réguliers entre experts militaires des deux pays. Des sessions de travail conjointes ainsi que des exercices militaires communs seront organisés dans les mois à venir pour évaluer l’efficacité de la collaboration et affiner les stratégies de lutte contre les insurgés.
La relation militaire entre la RDC et l’Afrique du Sud n’est pas nouvelle. En janvier 2025, Angie Motshekga s’était rendue à Kinshasa pour discuter de la situation de la MONUSCO, la mission de maintien de la paix des Nations Unies en RDC, et avait également visité le contingent sud-africain de la Brigade d’intervention rapide (BIR), déployé à Beni pour traquer les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Cette mission de l’armée sud-africaine à Beni s’inscrit dans une coopération plus large, où l’Afrique du Sud joue un rôle clé dans la stabilisation de la région.
Cette nouvelle phase de la coopération entre Kinshasa et Pretoria marque un engagement plus soutenu dans le soutien mutuel pour assurer la stabilité de la région, en particulier face aux défis posés par les multiples groupes armés actifs dans l’est de la RDC.
La signature de cette coopération militaire constitue un signal fort de la volonté de la RDC de renforcer ses capacités de défense tout en consolidant ses partenariats stratégiques avec l’Afrique du Sud. Toutefois, ces initiatives devront être accompagnées de réformes internes et d’une plus grande coordination au niveau régional pour être véritablement efficaces. La collaboration avec Pretoria pourrait bien représenter un modèle de coopération bilatérale dans la lutte contre l’insécurité, mais son succès dépendra également de la stabilité politique et de la gestion des tensions internes au pays.
Ainsi, cette relance de la coopération militaire entre la RDC et l’Afrique du Sud constitue un développement clé dans la gestion de la crise sécuritaire actuelle, tout en soulignant l’importance d’une coopération régionale renforcée pour faire face aux menaces transnationales.
Patrick Kalume
