Près de 1000 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont été acheminées ce lundi à la frontière entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda pour y être rapatriées.
Présentées comme des ressortissants rwandais, elles ont été remises au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), qui a assuré leur transport jusqu’au poste frontière de la grande barrière entre Goma et Gisenyi.
Ces personnes ont pour la plupart été arrêtées dans la province du Nord-Kivu par le groupe politico-militaire M23, aujourd’hui connu sous le nom d’AFC (Alliance du Fleuve Congo). Selon le mouvement, elles se trouvaient en situation irrégulière sur le territoire congolais.
“360 personnes ont déjà été rapatriées samedi et 795 autres sont attendus aujourd’hui. Donc, à la fin de la journée ce lundi, ça doit être 1100. Cela, après que nos collègues qui sont à Goma ont vérifié leurs profils, donc, un screening par nos collègues de la RDC pour bien identifier les personnes à rapatrier mais aussi voir si les droits et lois internationaux et le principe du non-refoulement ont été respectés”, a détaillé Eijun Byun.
« Tous ceux qui sont rapatriés de la ville de Goma vers le Rwanda leur profil a été vérifié et confirmé qu’il s’agit des réfugiés rwandais », a-t-elle insisté.
Les scènes à la frontière sont marquantes : visages fermés, vêtements déchirés, enfants accrochés aux jupes de leurs mères, les convois du HCR déposent les familles à la barrière, dans un climat d’incertitude.
Certains parmi eux assurent pourtant vivre en RDC depuis de nombreuses années, voire des décennies. Bimenyimana Edson, 65 ans, raconte :
« Je suis rwandais, mais je vis ici depuis 2000. J’étais agriculteur à Masisi. Le M23 nous a fait revenir à Goma, et maintenant on nous renvoie au Rwanda. »
Son voisin Bonane ajoute : « Je suis né en RDC. Mes parents étaient venus du Rwanda, mais moi, je n’ai jamais mis les pieds là-bas. On nous a arrêtés à Sake, ma femme et mes enfants sont toujours là-bas. »
À leur arrivée, ces familles sont prises en charge par les autorités rwandaises. Elles sont orientées vers le centre de transit de Nyarushishi, où leur identité doit être vérifiée.
« Nous partons du principe qu’ils sont rwandais, mais si des Congolais sont identifiés au centre, ils pourront retourner chez eux », a déclaré Mwalindwa Prosper, maire de Rubavu (Rwanda).
Toutefois, plusieurs personnes disent détenir des documents d’identité congolais, ce qui complexifie davantage la situation.
Interrogé depuis Genève par nos confrères de Rfi, le HCR reconnaît que cette opération ne répond pas entièrement aux critères du rapatriement volontaire, l’une des conditions essentielles du droit international des réfugiés. L’agence souligne néanmoins qu’il ne s’agit pas non plus, selon elle, d’expulsions ou de refoulements forcés.
Alors que les tensions restent vives dans l’est de la RDC, ces événements soulèvent de nombreuses questions sur les dynamiques régionales, les droits des populations déplacées et les limites entre souveraineté nationale, migrations transfrontalières et protection humanitaire.
Muller Mundeke
